J’ai travaillé mon comptant

 
Une exposition itinérante, des lectures

« Mon travail plastique a souvent suivi le fil conducteur de la mémoire collective – celle qui est en moi, comme celle que j’ai écoutée dans tous les témoignages que j’ai recherchés. », Françoise Pétrovitch.
Pendant 2 ans, Françoise Pétrovitch a collecté, dans différentes régions, 100 témoignages de personnes âgées sur leurs vies de travailleurs. À partir des propos recueillis, l’artiste réalise un dessin qui apporte a la parole un prolongement, une trace.
L’exposition présente, suivant les lieux, tout ou partie des diptyques (texte et images). Un court diaporama sonore, “making off” du projet, présente, entre autre, des extraits d’entretiens et permet au public de prendre mieux conscience du travail réalisé.

Dates de l’exposition

- Première présentation de l’exposition à l’occasion de la sortie de l’ouvrage au Design Bastille center (ancien dépôt de quincaillerie) le 27 mai 2005.

- du 14 mai au 6 juin 2005 à l’artothèque de Vitré

- du 1er août au 20 septembre 2005 au musée de la mine de La Machine, dans le cadre du programme “Hors les murs” du centre d’art de Pougues-les-Eaux

- du 28 janvier au 11 mars 2006 à l’orangerie de Cachan 2004

- du 5 novembre 2005 au 2 janvier 2006 au Musée de France d’Opale-Sud à Berck-sur-Mer

- du 31 mars au 29 avril 2006 présentée conjointement à l’Artothèque de Caen et au Centre Hospitalier du Bon Sauveur (Caen), l’exposition a circulé ensuite dans chacun des 6 établissements de santé bas-normands ayant participé au projet. Du 3 au 28 mai 2006 à Bayeux, du 3 au 28 mai 2006 à Aunay, 4 au 28 mai 2006 à Vire, du 31 mai au 29 juin 2006 à Mortain, du 31 mai au 29 juin 2006 à Flers, 1er au 29 juin 2006 à St Lô.

- du 2 au 31 mars 2007, à la bibliothèque Nelson Mandela, à Vitry-sur-Seine

L’exposition est disponible à la location pour les lieux culturels (musées, centres culturels, artothèques, bibliothèques, médiathèques...).
Renseignement sur la location de l’exposition et les lectures sur simple demande.
L’ouvrage J’ai travaillé mon comptant est disponible.

Lectures des textes
Dans le cadre de l’exposition présentée à Cachan et celle présentée à Vitry-sur-Seine, la compagnie Liba théâtre a organisé des lectures-spectacles qui ont donné à entendre une partie des témoignages réunis dans l’ouvrage J’ai travaillé mon comptant. Ces représentations ont reposé sur la rencontre entre comédiens amateurs et comédiens professionnels, qui se sont réunis sur scène pour lire et interpréter les textes.
Ces lectures peuvent être programmées à la carte.

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Françoise Pétrovitch à l’artothèque de Vitré
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Ancien dépôt de quincaillerie (Bastille Design center)
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Artothèque de Vitré
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Au musée de la mine de La Machine
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Au musée de la mine de La Machine
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Orangerie de Cachan 2004

Un entretien
Camille Bonnot, né le 27 mars 1919 à Montaron. Enfant de mineur, on allait à l’école du système Schneider où régnait une éducation sévère, puisqu’elle venait du patron. Après le Certificat d’études, est venu pour moi le Cours spécial pendant trois années, mathématiques et français pour former leurs cadres. On subissait le diplôme par les ingénieurs de la maîtrise. Accompagné du papa, on se présentait alors pour l’embauche dans le bureau du directeur. J’étais debout dans ce bureau à porte capitonnée : “ Félicitations, tu es reçu ! Tu descendras au fond. ” Devant ma surprise, le directeur ajouta : “ Mon petit, c’est celui qui charge la brouette qui sait comment la charger – et surtout comment la faire rouler ! ” J’ai donc retrouvé mes camarades au fond. Trois années de misère. Puis j’ai fait la comptabilité, le service commercial ; ensuite, avec l’évolution de la mine, l’expédition du charbon ; enfin agent de maîtrise aux transports. À une époque, il y a eut une forte montée du syndicalisme. C’était pas toujours facile sur les chantiers, parce que j’étais jeune cadre, il fallait avoir la confiance des gars et savoir leur donner un coup de main. Mais il y avait un esprit de travail dans la mine, un esprit de convivialité et de solidarité qui existent nulle part ailleurs. Sur le terrain, on acquiert une expérience terrible et je me suis rappelé la brouette : c’était devenu quelque chose de réel… On pourrait dire que c’était très paternaliste. Il y avait une discipline ; il fallait pas déroger. Le patron était le seigneur du pays, tout lui appartenait : l’église, la gendarmerie, la perception, la poste, l’école, les cités, la distribution d’eau… Il achetait tout, même les forêts ! C’était difficile de partir voir ailleurs. Vous étiez né dans une famille de mineur, alors vous étiez destiné à faire carrière dans la mine ! Et à part la bicyclette, comment se déplacer ? Mais tout le monde avait sa place : les handicapés étaient à la charge du patron, ils étaient intégrés. Moi, j’ai travaillé avec un nain, il a fait sa vie – très bien. Ça, c’est le côté humain du paternalisme… Un exemple encore, en parlant de brouette : le mineur avait une attribution mensuelle de charbon, 4 hectolitres ; au dépôt des charges il y avait les brouettes. Elles étaient fabriquées ici, Schneider ne connaissait pas la sous-traitance, il ne voulait dépendre de personne. Il y avait tous les corps de métier, c’était incroyable ! Le bureau du directeur était comme un mirador, il dominait – toujours l’idée de contrôle. Le paternalisme, c’était une façon de travailler ; c’est ce qu’on a connu jusqu’en 1946. Mais l’esprit Schneider est resté : vous ne pouvez effacer cent ans de mainmise comme ça. Aucune femme n’a travaillé à la mine. Dès leur mariage, elles devaient arrêter de travailler pour s’occuper du mari, mineur.